Lecture analytique du recueil intitulée « Homme libre » d’Essaid Manssouri
« Homme libre » est un recueil de poésie, publié par l’Université des Créateurs Marocains en année 2026 de son auteur Essaid Manssouri, un poète marocain tisseur d’images, un alchimiste de mots. C’est un poète qui écrit pour l’homme, la femme et à tous les âges.

Par sa plume légère et cadencée, Manssouri nous ouvre la porte de sa bohème, de son errance à travers des lieux poétiques qu’il fréquente : sa vallée du Dades, les champs, les montagnes… Il s’agit là d’une plume affranchie des stéréotypes. Une plume libre, non pas au sens péjoratif de terme, mais dans sa dimension poétique et spirituelle qui révèle l’imaginaire du temps et d’espace. Ce recueil se problématise de la manière suivante : comment peut-il devenir libre et où se manifeste-t-elle cette liberté ?
Le titre en question est polysémique « Homme » qui désigne généralement, un être humain et « libre » qui peut dire autonome et indépendant. En effets, l’écriture rouge du titre montre que toute sorte de lecture est insuffisante et s’ouvre à d’autres pistes de réflexion.
Sur la forme, le recueil semble classique, recours à des formes fixes, mais à la fois le poète multiple les formes et les rimes au profit de sa touche rythmique. Sur le fond, c’est un recueil fascinant qui mêle entre le réel et l’imaginaire, le symbole et la métaphore qui se révèle dès le titre du poème qui ouvre le recueil : « Oh ! comme c’est merveilleux, la nuit de mes ennuis » ici, la nuit reste un moment nostalgique et merveilleux. Un lieu de rêve et du phantasme. C’est un thème qui revient au long du recueil comme un moment d’exaltation, d’exploration et de délivrance.
Pour le poète, l’écriture est la lumière qui illumine son temps lourd et apaisant où règne le soucie et l’angoisse qui dévore le soleil de son jour. L’auteur définit ici la poétique du temps avec l’écriture par laquelle il atteint son monde idéal : « « J’écris ces longues nuits, j’essaie de changer la thèse »
Dans le poème « christa » le poète interpelle encore la nuit en s’adressant ses questions à une fille nommée christa :
Ô ma nuit, mon âme patauge dans mes larmes
Seul, je me parle, mes nuits, ma solitude, la vie est dure
Dehors, la nature tire ses sonnettes d’alarme,
Le monde est vêtu d’un marasme, silence, la peur perdure
Christa, vois-tu, le brouillard givrant, la lune qui barbote
Dans ces vers où règne la solitude, le poète s’adresse à christa en la récitant la beauté de la nature, du ciel et des nuages.
Par ailleurs, dans quelques poèmes dont il a interpellé ainsi d’autres femmes tels que « Rosa », « Numidia », « Warda », « Aicha » … il s’agit là d’une sorte d’élévation et de la liberté qui n’est toutefois qu’un moment fugitif. Ça nous fait penser au célèbre poème de Charles Baudelaire « A une passante » tirée des fleurs du mal.
La présence de la figure féminine dans ces vers n’est pas choisie in abstracto, mais à contrario, cela dévoile son côté sensuel et poétique puisque la femme est la créature la plus douce tout comme la poésie due il exprime ses sentiments et ses mélancolies à travers.
Par ailleurs, le recueil esquisse une interrogation sur le moi et sur le moi-autre qui est le semblable et qui se caractérise dans le poème intitulé « le rêveur du village » :
Ô mes amours, je suis l’ami de ces pauvres
On n’a rien, on n’attend rien, on est très content
Ô mes amours, les pauvres n’ont pas d’argent
Pour acheter mes voix, la peine, la joie, mes livres
Ils savent bien mes ruines, mes profonds sentiments
On vit heureux, on s’échange, on s’encourage
Ici Manssouri valorise ceux qui sont à la marge de la société : les pauvres, les paysans et les orphelins etc.… Et dans cet optique, le moi-autre est devenu le lien de connaitre le moi, ce moi qui joue le rôle d’un intermédiaire non pas par rapport à lui-même, mais aussi à l’autre qui est son miroir au dire d’Aristote, « je est un autre ».
Le poète amalgame entre le « je », « tu » et « ils » … ce qui rend ses vers plus vifs et dynamique où le poète dépasse la question existentielle de qui suis-je ? c’est les autres qui le questionne comme dans le poème « homme libre » : « Ils m’ont demandé qui je suis ? -Vous êtes qui ? Je leur ai dit Que je suis un pays colonisé. Ils ne m’ont jamais compris Ils n’ont pas compris Ce que je voulais dire »
Du coup, ce recueil est une fenêtre qui s’ouvre tantôt sur le monde intérieur et tantôt sur le monde extérieur. Le premier qui fait penser notre être, nos joies et nos peines et le deuxième qui fait penser le monde dont l’art et la création sont le vrai symbole de la liberté et non pas la guerre et la mort tels se figure dans « Imaginez juste » : Imaginez juste, un jour sans mort, des jours où l’amour seul Régnera nos cœurs, un jour où la nuit ne sera plus et les étoiles Rejoindront nos yeux pour pleurer et éclairer nos âmes »
A travers ces vers qui deviennent un refuge fragile où se mêlent la solitude, la bohème et l’espérance, comme une lumière discrète qui persiste au cœur de l’ombre, ainsi dit-il dans « ma bohème » : « Tenons la guitare, chantons Un chant sans capodastre, Chantons, comme hier, Le soleil brillera vos désastres »
Sa poésie apparait comme une patrie intérieure, un espace libre où l’âme peut respirer et se réconcilier avec l’ailleurs comme dans « lettre à ma chérie » : « Quand la nuit porte son noir et les étoiles se teignent D’un peu de nostalgie ; je donne mon âme à la lune »
Dans ce recueil où la plume de l’auteur tente de trouver un mode de vie impressionnant adopter surtout par sa vision poétique loin d’un monde dépourvu de sens et vidé de son âme. Le poète marche entre rêve et réalité. Il interroge sa solitude nocturne, écoute le silence et recueille les fragments d’une vie traversée par la nostalgie et la quête de sens
